1969-2003. Plus de trente ans déjà que le mouvement skinhead existe. Dans les médias, on parle toujours d'eux à la page des faits divers: violence et racisme. Mais qui parle des Redskins ? Des Skins gay ? Skins noirs ?
Qui se souvient qu'à l'origine, les racines du mouvement skin plongent dans la mouvance des années soixante et que les skinheads originels n'étaient ni politisés, ni particulièrement racistes ? Qui sait qu'au début, les skins noirs étaient presque aussi nombreux que les blancs ? Qui se rappelle que c'est Desmond Dekker, un musicien jamaïcain qui a trouvé le mot skinhead, composé une chanson avec ce titre et lancé à Londres, la mode du crâne rasé ?
A l'origine c'était un mouvement multiracial de jeunes prolétaires. Ils écoutaient du reggae et du ska - musique noire et blanche, s'il en est. Issus de la "working class", ils étaient porteurs des valeurs du monde ouvrier.
Que s'est-il passé dix ans après ? Comment les néonazis ont-ils récupéré une grande partie de ce mouvement ?
Je me devait de dire cela pour expliquer le concept Gabbers. Les Gabbers ne sont pas des Skinheads ! Ce sont des gens comme vous mais à la particularité qu' ils écoutent du hardcore, hardstyle, hardtrance, hardtech, house, techno ect..... en majeur partie !
Mais ce ne sont en aucun cas des skinheads ! La différence se joue à la mentalité et manière de penser, plus simplement dit dans l'idéologie ! Les Skinheads sont racistes parfois même fachiste et non les gabbers !
Donc pour résumer, un gabbers est une personne ou plutôt un concept de vie basé sur la musique et les vêtements lié à cette tendance. Bref un groupe de fêtards qui ne se prend pas la tête. Mais comme nous le savons tous, il y a toujours exception à la règle et on trouvera toujours quelqu' un pour salir cette image ou ce concept !
Je vais vous donner encore plus pour vous! Maintenant un reportage sur les gabbers :
"... C'est dans le nord de la France, quelque part au milieu des Flandres, que sévissent les
gabbers, fans de techno hardcore. Au programme : rallyes nocturnes, bpm speedés et fiestas. Notre reporter s'est rasé le crâne et a plongé dans la fosse aux lions.
La première fois que j'en ai entendu parler, c'était il y a un peu plus de six mois. Le soir de la fête de la musique, en traversant le centre de Lille pour assister à un set de drum & bass, une de mes amies tombe sur une scène qui, telle une madeleine un peu rance, réveille en elle des souvenirs anxiogènes. Sous ses yeux, un groupe d'une soixantaine de personnes s'est
rassemblé au pied d'un DJ mixant de la techno hardcore. Jusque là, rien de bien inédit. Ce qui l'est plus, c'est le look uniforme de cette légion soulevée par le souffle des basses : crânes rasés à blanc, pulls Lonsdale pour les uns, polos Fred Perry pour les autres, jeans 501, Nike Air Max, bombers et têtes à faire peur pour presque tout le monde. Autre détail d'importance :
tous les protagonistes sont blancs. Mon amie a eu juste le temps de faire ce constat
pigmentaire, qu'une canette se brise à quelques pas de ses mollets. « J'ai eu une montée
d'angoisse terrible, se souvient-elle. J'avais l'impression d'avoir à nouveau 13 ans, quand la
place Rihour (l'une des places du centre de Lille, NDLR) était le lieu de rendez-vous préféré
des skins. A cette époque-là, tu passais en baissant les yeux devant des attroupements de mecs en rangers. » Pourtant, même s'ils en ont les rudes manières et l'apparence commando, ceux qui s'agitent à côté de la frêle créature tétanisée ne sont pas des skins. Ce sont des gabbers, une nouvelle tribu dont le nom provient du mot hollandais « barg », qui signifie « mon pote ». Les gabbers, apparus il y a peu de temps dans le Nord, vouent un culte immodéré à la techno Hardcore et sont donc "mes amis", si l'on s'en tient à un point de vue strictement étymologique.
Raz de marée belge.
Malgré ce patronyme sympathique et cet amour de la bonne musique, les gabbers traînent avec eux une solide réputation de méchants garçons, de celle qu'on colle généralement aux
franges les plus radicales de la population. Dans le nord de la France, depuis quelques mois, la rumeur colporte à leur sujet des tas d'histoires plus inquiétantes les unes que les autres.
Certains esprits affolés n'hésitent pas à parler d' « invasion venant de Hollande et de
Belgique », d'un raz de marée gabber impossible à endiguer qui aurait déjà englouti une partie de la jeunesse d'ici. Les nouveaux convertis se recruteraient majoritairement dans les
campagnes, en Flandres françaises. Ils seraient aussi très nombreux sur la côte, dans les zones rurales, partout où sévit le cocktail chômage-ennui-pauvreté. Enfin, il faut bien l'avouer, dans la tête de beaucoup de jeunes du Nord, l'extrême droite est automatiquement associée aux gabbers. Une assimilation qui n'est pas dénuée de fondements puisque le magazine bien nommé Radikalhebdo, par exemple, aime s'étendre complaisamment dans ses colonnes sur ce jeune et sautillant mouvement. Résultat : en croisant mes premiers gabbers dans le centre de Lille, je n'ai pu réprimer un sentiment de panique. Pourtant, j'étais bien décidé à aller au-delà des apparences, à voir ce qui se cachait derrière la frénésie quasi mystique de ces bataillons délavés. Pour cela une seule solution : les rencontrer.
Edward Norton dans "American History X".
Une amie qui habite à la frontière belge me dégote mon premier contact. Elle est étudiante
dans une école de commerce et l'un des élèves de sa classe fait partie du mouvement. Je me retrouve ainsi dans les beaux quartiers de Lille chez un prénommé Nicolas. C'est un certain Olivier qui m'ouvre la porte, le meilleur ami de Nicolas. Il est habillé tout en noir, porte de petites lunettes rondes et s'exprime d'une voix douce. Pas franchement la dégaine Orange mécanique. Nicolas, lui, ressemble plus à l'image du gabber. Il est vêtu d'un marcel blanc et d'un caleçon qui le font ressembler à Edward Norton dans American History X. Sur son épaule droite, il s'est fait tatouer le lion Lonsdale et porte une boucle d'oreille. Pour ma première rencontre avec des terreurs, l'ambiance a été particulièrement soignée. L'appartement est plongé dans l'obscurité, seule une lampe basse se balance au-dessus de la table. Malgré la pénombre, Nicolas repère tout de suite mes cheveux et me prévient : "Si tu veux venir en boîte avec nous, je ne pourrais pas te faire rentrer dans la salle gabber avec ça sur le crâne, va falloir raser." Je ne sais pas s'il déconne."On ira ensemble dans la salle gabber d'une boîte belge, poursuit Nico. Le lieu nous est réservé et il est gardé par deux gars qui ne laissent pas entrer les types avec des cheveux. Tu mettras une casquette." Je sirote une bière, Nicolas, de la Ricoré. "Tu vois, continue-t-il, avant, moi aussi j'étais comme ça, genre beau gosse avec une coupe bien propre et une chemise à carreaux. Et puis je me suis rasé le crâne, j'ai changé toute ma garde-robe. Maintenant, à l'école, on me regarde bizarrement. Ma bande de potes a suivi. L'un après l'autre, les copains se sont rasés le crâne. On est tous devenus des gabbers."
Brûlures de cigarettes sur le crâne.
C'est bien sympa d'être gabber, encore faut-il un lieu de ralliement. Pendant longtemps, la
boîte belge La Bush a été le principal point de chute des jeunes gabbers de la région. "A
l'intérieur, explique Nicolas, on n'est pas des skinheads : « dans la salle gabber, y a à peine
30% des gars qui se revendiquent fachos." En buvant sa Ricoré ! » Nicolas poursuit sa
confession : « Moi, je connais plein d'Arabes depuis toujours, je suis bien avec eux ; j'ai pas
l'impression d'être un facho. Je suis juste pour plus d'ordre. Attends, franchement, c'est quoi
les flics qui n'arrivent pas à se faire respecter dans les cités ? » Nicolas ne vote plus. Olivier,
lui, dit voter extrême droite. Je prends un faux air cool. Puis nous parlons de tas d'autres
choses. Le courant passe sans qu'on m'ait obligé à mettre les doigts dans la prise. Quelques
jours plus tard, alors que je le recontacte au téléphone, mon interlocuteur me semble tout à
coup beaucoup moins zen. La voix blanche, Nicolas m'annonce que les gérants de la
discothèque La Bush ont décidé de fermer la salle gabber : plus de crânes rasés tolérés. Je le rejoins chez lui où cinq de ses potes et une jeune fille m'accueillent dans un silence de mort. Désormais, les gabbers qui se présentent à La Bush sont invités à faire demi-tour par une armée de videurs. La raison de ce revirement ? Le passage, il y a quelques jours dans la
discothèque, d'un cameraman qui a filmé des saluts hitlériens et des propos racistes. Le gars
n'était pas seulement un "enculé de journaliste" mais travaillait également pour le ministère de
la Jeunesse belge. Seul chevelu au milieu de l'appartement et représentant avoué de la
corporation journalistique, je me demande si je ne vais pas me faire peler les roustons avec un épluche pommes de terre. Mon voisin de gauche a la mine patibulaire et un écusson France cousu sur son bomber. « Moi, dit-il, j'ai pas besoin de montrer que je suis facho quand je danse, qu'est-ce qu'il leur a pris à ces gars ? » Il évoque ensuite des souvenirs de bastons, reconnaît avec philosophie que « quand on distribue, faut s'attendre à recevoir », me parle d'une trottinette balancée dans la gueule d'un gars ou de canettes explosées sur le crâne d'un autre. Je ne dis plus rien, j'ai juste très peur. Le voisin de Nicolas exhibe ses blessures de guerre : deux brûlures de cigarettes, « qu'on a éteintes sur mon crâne ». Juste au-dessus, une entaille de canette. Afin de couper court à cette soirée qui dérape dans la nostalgie et pour conjurer la fermeture de La Bush, Nicolas propose d'aller faire un tour dans une autre soirée hardcore.
Teufeur isolé.
Nous filons sur une route départementale au bord de laquelle sont posées des discothèques en forme de chapiteaux de fête foraine. La boîte que nous investissons ce soir ne s'attendait
certainement pas à recevoir en son sein une armée de gabbers aux abois à la recherche d'un
point de chute. A 01h30 du matin, la majorité des participants sont encore composée de
teufeurs mais, imperceptiblement, le nombre de gabbers ne cesse de croître. Tel un
commando militaire, une armada de petits bonhommes clonés arrivent au pas de charge sur la piste de danse. Les gabbers, selon un rituel qui leur est propre, convergent au centre de la
piste et se mettent à gesticuler au milieu des leurs. Ils entament alors une danse qui
n'appartient qu'à eux et dont l'énergie et le caractère répétitif évoquent une gymnastique
martiale. Impossible, pour un non-initié, de les imiter. Au milieu des mecs, des filles très
jeunes sautillent à un rythme ultrarapide, sans qu'aucun signe apparent de séduction ne se
dégage de leur parade. Un teufeur, désormais isolé, fait mine de faire l'amour à une barre
centrale. Rendu sans doute trop confiant par la chimie, le gars ne s'est pas aperçu que la salle avait changé de physionomie. Une heure et demi après notre arrivée, tout l'espace de la boîte appartient aux gabbers. Même le DJ s'y est mis et passe du speedcore avant d'enchaîner sur du happy - remix de Madonna à plus de 250 bpm. Autour de moi, plus personne n'a de cheveux, comme si un dépilatoire gazeux avait été propulsé dans l'air. L'ambiance monte d'un cran.
C'est le signe qu'il est temps pour moi de partir. A l'entrée, les gabbers continuent d'arriver
avec leur look uniforme, comme s'ils étaient tous fabriqués par la même matrice. Ils pénètrent dans la nasse avec une surexcitation visible et se fondent alors dans le groupe, profitant de ce confort inégalable qu'offre l'abandon provisoire de son identité au profit d'un tout plus large.
En sortant, je me dis que les gabbers sont pas plus violent ou raciste que le monde dans lequel on vit. Ils ritualisent à leur manière l'exclusion dont ils se sentent victimes, ils se travestissent en armée de clones comme pour faire écho à cette négation de soi dont le système est porteur.
Qu'y a-t-il de plus effrayant : des hordes de gabbers en Fred Perry ou des hordes de lascars cassant tout sur leurs passage, sans respect de quoi que se soit même d'eux ?
"Emmerdés par la racaille."
Quelques jours plus tard, je réussis à prendre contact avec Sébastien, un as des platines connu dans le milieu gabber sous le nom de DJ Youngsta. Quand je l'interroge sur les dérives facho du mouvement, il se dit attristé par cette confusion incessante entre gabbers et skinheads :
« Le gabber, c'est avant tout une mouvance musicale. Ce que les gens peuvent penser de nous, je m'en fous. Moi, je leur dis de venir dans nos soirées pour la musique, c'est tout. Maintenant je vais te dire pourquoi certains gabbers deviennent des types agressifs. C'est parce que lorsqu'on est habillé en Lonsdale, on se fait en permanence agresser, emmerder par la racaille.
Trois, quatre, cinq fois. On te dit tout le temps que tu es un sale skin, alors, tu pètes une pile. »
A le voir faire, il est vrai que Sébastien a plus des comportements de croisé de la techno
authentique que de tueur d'Arabes. Son énergie, il l'emploie en grande partie à cultiver l'esprit underground du début du mouvement. Pour la soirée Badland 2 qu'il organise ce soir-là, pas question de connaître l'endroit à l'avance. Sur l'infoline, le rendez-vous est fixé à 20h00 au parking de La Fiesta, une boîte abandonnée. Lugubre, mais bien dans le ton. Les gabbers s'y retrouvent comme avant une rave. Les moteurs vrombissent et les autoradios crachent à pleins poumons des rafales de bpm. Vingt minutes plus tard, c'est le départ pour l'inconnu en compagnie de Wayne, le photographe de Technikart, un Néo-Zélandais venu du milieu de la mode, flanqué de son assistant australien. Les voitures se suivent à la file sur des kilomètres comme pour mieux affirmer encore la force du groupe, sa destination et sa destinée communes. Après avoir fait les poireaux devant la boîte, nous voici soudain jetés dans un espace clos quadrillé par les gabbers. Alors que nous improvisions un studio photo au fond de la discothèque avec quelques cinq cents tondus autour de nous.
« What an hardcore staff ! »
« Quels personnels de hardcore ! »
Régulièrement, je me fais tirer sur les fringues. Celui que je trouve le plus atteint là-dedans
n'est pas le gabber de base mais le photographe de Technikart. Sorti des show-rooms, on le croirait venu ici en safari. Comme un Occidental devant une vitrine, il pointe tel ou tel gabber du doigt et dit : « Je veux celui-là. » Comme nous refusons d'aller parlementer avec un gros excité, il y va avec cette même décontraction qu'il doit afficher en parlant aux mannequins.
Manque de bol, le Néo-Zélandais se fait catapulter au milieu de la scène par le gabber énervé et je le tire in extremis de la centrifugeuse humaine. Fier de lui, le photographe se redresse et balance sur un ton satisfait : "What an hardcore staff !". Ils ressemblent surtout à des jeunes un peu perdus et finalement assez intuitifs qui ont fini par ressembler avec un réalisme époustouflant à l'image que la société leur renvoyait au quotidien. Agressifs parce que lemonde est agressif. Rasés parce que le monde est rasant. Portés sur l'exclusion parce que le monde est porté par l'exclusion. Des jeunes rêvant d'un peu d'oubli dans un monde
assourdissant et piquant comme des tessons de bouteilles."
Pourquoi en tant qu' homme de race blanche, étant habillé de lonsdale, etc... , jugez-vous nous raciste! Alors que vous, homme de race de couleur, habillé, pour vous normalement. Ne le seriez pas plus que nous.Le monde est fait de différence et pour évitez ce genre de conflit.Il faut de la tolerance, ce que peut de monde posséde.
extraits de l espace de djpit62
et celui de nopasaran
Qui se souvient qu'à l'origine, les racines du mouvement skin plongent dans la mouvance des années soixante et que les skinheads originels n'étaient ni politisés, ni particulièrement racistes ? Qui sait qu'au début, les skins noirs étaient presque aussi nombreux que les blancs ? Qui se rappelle que c'est Desmond Dekker, un musicien jamaïcain qui a trouvé le mot skinhead, composé une chanson avec ce titre et lancé à Londres, la mode du crâne rasé ?
A l'origine c'était un mouvement multiracial de jeunes prolétaires. Ils écoutaient du reggae et du ska - musique noire et blanche, s'il en est. Issus de la "working class", ils étaient porteurs des valeurs du monde ouvrier.
Que s'est-il passé dix ans après ? Comment les néonazis ont-ils récupéré une grande partie de ce mouvement ?
Je me devait de dire cela pour expliquer le concept Gabbers. Les Gabbers ne sont pas des Skinheads ! Ce sont des gens comme vous mais à la particularité qu' ils écoutent du hardcore, hardstyle, hardtrance, hardtech, house, techno ect..... en majeur partie !
Mais ce ne sont en aucun cas des skinheads ! La différence se joue à la mentalité et manière de penser, plus simplement dit dans l'idéologie ! Les Skinheads sont racistes parfois même fachiste et non les gabbers !
Donc pour résumer, un gabbers est une personne ou plutôt un concept de vie basé sur la musique et les vêtements lié à cette tendance. Bref un groupe de fêtards qui ne se prend pas la tête. Mais comme nous le savons tous, il y a toujours exception à la règle et on trouvera toujours quelqu' un pour salir cette image ou ce concept !
Je vais vous donner encore plus pour vous! Maintenant un reportage sur les gabbers :
"... C'est dans le nord de la France, quelque part au milieu des Flandres, que sévissent les
gabbers, fans de techno hardcore. Au programme : rallyes nocturnes, bpm speedés et fiestas. Notre reporter s'est rasé le crâne et a plongé dans la fosse aux lions.
La première fois que j'en ai entendu parler, c'était il y a un peu plus de six mois. Le soir de la fête de la musique, en traversant le centre de Lille pour assister à un set de drum & bass, une de mes amies tombe sur une scène qui, telle une madeleine un peu rance, réveille en elle des souvenirs anxiogènes. Sous ses yeux, un groupe d'une soixantaine de personnes s'est
rassemblé au pied d'un DJ mixant de la techno hardcore. Jusque là, rien de bien inédit. Ce qui l'est plus, c'est le look uniforme de cette légion soulevée par le souffle des basses : crânes rasés à blanc, pulls Lonsdale pour les uns, polos Fred Perry pour les autres, jeans 501, Nike Air Max, bombers et têtes à faire peur pour presque tout le monde. Autre détail d'importance :
tous les protagonistes sont blancs. Mon amie a eu juste le temps de faire ce constat
pigmentaire, qu'une canette se brise à quelques pas de ses mollets. « J'ai eu une montée
d'angoisse terrible, se souvient-elle. J'avais l'impression d'avoir à nouveau 13 ans, quand la
place Rihour (l'une des places du centre de Lille, NDLR) était le lieu de rendez-vous préféré
des skins. A cette époque-là, tu passais en baissant les yeux devant des attroupements de mecs en rangers. » Pourtant, même s'ils en ont les rudes manières et l'apparence commando, ceux qui s'agitent à côté de la frêle créature tétanisée ne sont pas des skins. Ce sont des gabbers, une nouvelle tribu dont le nom provient du mot hollandais « barg », qui signifie « mon pote ». Les gabbers, apparus il y a peu de temps dans le Nord, vouent un culte immodéré à la techno Hardcore et sont donc "mes amis", si l'on s'en tient à un point de vue strictement étymologique.
Raz de marée belge.
Malgré ce patronyme sympathique et cet amour de la bonne musique, les gabbers traînent avec eux une solide réputation de méchants garçons, de celle qu'on colle généralement aux
franges les plus radicales de la population. Dans le nord de la France, depuis quelques mois, la rumeur colporte à leur sujet des tas d'histoires plus inquiétantes les unes que les autres.
Certains esprits affolés n'hésitent pas à parler d' « invasion venant de Hollande et de
Belgique », d'un raz de marée gabber impossible à endiguer qui aurait déjà englouti une partie de la jeunesse d'ici. Les nouveaux convertis se recruteraient majoritairement dans les
campagnes, en Flandres françaises. Ils seraient aussi très nombreux sur la côte, dans les zones rurales, partout où sévit le cocktail chômage-ennui-pauvreté. Enfin, il faut bien l'avouer, dans la tête de beaucoup de jeunes du Nord, l'extrême droite est automatiquement associée aux gabbers. Une assimilation qui n'est pas dénuée de fondements puisque le magazine bien nommé Radikalhebdo, par exemple, aime s'étendre complaisamment dans ses colonnes sur ce jeune et sautillant mouvement. Résultat : en croisant mes premiers gabbers dans le centre de Lille, je n'ai pu réprimer un sentiment de panique. Pourtant, j'étais bien décidé à aller au-delà des apparences, à voir ce qui se cachait derrière la frénésie quasi mystique de ces bataillons délavés. Pour cela une seule solution : les rencontrer.
Edward Norton dans "American History X".
Une amie qui habite à la frontière belge me dégote mon premier contact. Elle est étudiante
dans une école de commerce et l'un des élèves de sa classe fait partie du mouvement. Je me retrouve ainsi dans les beaux quartiers de Lille chez un prénommé Nicolas. C'est un certain Olivier qui m'ouvre la porte, le meilleur ami de Nicolas. Il est habillé tout en noir, porte de petites lunettes rondes et s'exprime d'une voix douce. Pas franchement la dégaine Orange mécanique. Nicolas, lui, ressemble plus à l'image du gabber. Il est vêtu d'un marcel blanc et d'un caleçon qui le font ressembler à Edward Norton dans American History X. Sur son épaule droite, il s'est fait tatouer le lion Lonsdale et porte une boucle d'oreille. Pour ma première rencontre avec des terreurs, l'ambiance a été particulièrement soignée. L'appartement est plongé dans l'obscurité, seule une lampe basse se balance au-dessus de la table. Malgré la pénombre, Nicolas repère tout de suite mes cheveux et me prévient : "Si tu veux venir en boîte avec nous, je ne pourrais pas te faire rentrer dans la salle gabber avec ça sur le crâne, va falloir raser." Je ne sais pas s'il déconne."On ira ensemble dans la salle gabber d'une boîte belge, poursuit Nico. Le lieu nous est réservé et il est gardé par deux gars qui ne laissent pas entrer les types avec des cheveux. Tu mettras une casquette." Je sirote une bière, Nicolas, de la Ricoré. "Tu vois, continue-t-il, avant, moi aussi j'étais comme ça, genre beau gosse avec une coupe bien propre et une chemise à carreaux. Et puis je me suis rasé le crâne, j'ai changé toute ma garde-robe. Maintenant, à l'école, on me regarde bizarrement. Ma bande de potes a suivi. L'un après l'autre, les copains se sont rasés le crâne. On est tous devenus des gabbers."
Brûlures de cigarettes sur le crâne.
C'est bien sympa d'être gabber, encore faut-il un lieu de ralliement. Pendant longtemps, la
boîte belge La Bush a été le principal point de chute des jeunes gabbers de la région. "A
l'intérieur, explique Nicolas, on n'est pas des skinheads : « dans la salle gabber, y a à peine
30% des gars qui se revendiquent fachos." En buvant sa Ricoré ! » Nicolas poursuit sa
confession : « Moi, je connais plein d'Arabes depuis toujours, je suis bien avec eux ; j'ai pas
l'impression d'être un facho. Je suis juste pour plus d'ordre. Attends, franchement, c'est quoi
les flics qui n'arrivent pas à se faire respecter dans les cités ? » Nicolas ne vote plus. Olivier,
lui, dit voter extrême droite. Je prends un faux air cool. Puis nous parlons de tas d'autres
choses. Le courant passe sans qu'on m'ait obligé à mettre les doigts dans la prise. Quelques
jours plus tard, alors que je le recontacte au téléphone, mon interlocuteur me semble tout à
coup beaucoup moins zen. La voix blanche, Nicolas m'annonce que les gérants de la
discothèque La Bush ont décidé de fermer la salle gabber : plus de crânes rasés tolérés. Je le rejoins chez lui où cinq de ses potes et une jeune fille m'accueillent dans un silence de mort. Désormais, les gabbers qui se présentent à La Bush sont invités à faire demi-tour par une armée de videurs. La raison de ce revirement ? Le passage, il y a quelques jours dans la
discothèque, d'un cameraman qui a filmé des saluts hitlériens et des propos racistes. Le gars
n'était pas seulement un "enculé de journaliste" mais travaillait également pour le ministère de
la Jeunesse belge. Seul chevelu au milieu de l'appartement et représentant avoué de la
corporation journalistique, je me demande si je ne vais pas me faire peler les roustons avec un épluche pommes de terre. Mon voisin de gauche a la mine patibulaire et un écusson France cousu sur son bomber. « Moi, dit-il, j'ai pas besoin de montrer que je suis facho quand je danse, qu'est-ce qu'il leur a pris à ces gars ? » Il évoque ensuite des souvenirs de bastons, reconnaît avec philosophie que « quand on distribue, faut s'attendre à recevoir », me parle d'une trottinette balancée dans la gueule d'un gars ou de canettes explosées sur le crâne d'un autre. Je ne dis plus rien, j'ai juste très peur. Le voisin de Nicolas exhibe ses blessures de guerre : deux brûlures de cigarettes, « qu'on a éteintes sur mon crâne ». Juste au-dessus, une entaille de canette. Afin de couper court à cette soirée qui dérape dans la nostalgie et pour conjurer la fermeture de La Bush, Nicolas propose d'aller faire un tour dans une autre soirée hardcore.
Teufeur isolé.
Nous filons sur une route départementale au bord de laquelle sont posées des discothèques en forme de chapiteaux de fête foraine. La boîte que nous investissons ce soir ne s'attendait
certainement pas à recevoir en son sein une armée de gabbers aux abois à la recherche d'un
point de chute. A 01h30 du matin, la majorité des participants sont encore composée de
teufeurs mais, imperceptiblement, le nombre de gabbers ne cesse de croître. Tel un
commando militaire, une armada de petits bonhommes clonés arrivent au pas de charge sur la piste de danse. Les gabbers, selon un rituel qui leur est propre, convergent au centre de la
piste et se mettent à gesticuler au milieu des leurs. Ils entament alors une danse qui
n'appartient qu'à eux et dont l'énergie et le caractère répétitif évoquent une gymnastique
martiale. Impossible, pour un non-initié, de les imiter. Au milieu des mecs, des filles très
jeunes sautillent à un rythme ultrarapide, sans qu'aucun signe apparent de séduction ne se
dégage de leur parade. Un teufeur, désormais isolé, fait mine de faire l'amour à une barre
centrale. Rendu sans doute trop confiant par la chimie, le gars ne s'est pas aperçu que la salle avait changé de physionomie. Une heure et demi après notre arrivée, tout l'espace de la boîte appartient aux gabbers. Même le DJ s'y est mis et passe du speedcore avant d'enchaîner sur du happy - remix de Madonna à plus de 250 bpm. Autour de moi, plus personne n'a de cheveux, comme si un dépilatoire gazeux avait été propulsé dans l'air. L'ambiance monte d'un cran.
C'est le signe qu'il est temps pour moi de partir. A l'entrée, les gabbers continuent d'arriver
avec leur look uniforme, comme s'ils étaient tous fabriqués par la même matrice. Ils pénètrent dans la nasse avec une surexcitation visible et se fondent alors dans le groupe, profitant de ce confort inégalable qu'offre l'abandon provisoire de son identité au profit d'un tout plus large.
En sortant, je me dis que les gabbers sont pas plus violent ou raciste que le monde dans lequel on vit. Ils ritualisent à leur manière l'exclusion dont ils se sentent victimes, ils se travestissent en armée de clones comme pour faire écho à cette négation de soi dont le système est porteur.
Qu'y a-t-il de plus effrayant : des hordes de gabbers en Fred Perry ou des hordes de lascars cassant tout sur leurs passage, sans respect de quoi que se soit même d'eux ?
"Emmerdés par la racaille."
Quelques jours plus tard, je réussis à prendre contact avec Sébastien, un as des platines connu dans le milieu gabber sous le nom de DJ Youngsta. Quand je l'interroge sur les dérives facho du mouvement, il se dit attristé par cette confusion incessante entre gabbers et skinheads :
« Le gabber, c'est avant tout une mouvance musicale. Ce que les gens peuvent penser de nous, je m'en fous. Moi, je leur dis de venir dans nos soirées pour la musique, c'est tout. Maintenant je vais te dire pourquoi certains gabbers deviennent des types agressifs. C'est parce que lorsqu'on est habillé en Lonsdale, on se fait en permanence agresser, emmerder par la racaille.
Trois, quatre, cinq fois. On te dit tout le temps que tu es un sale skin, alors, tu pètes une pile. »
A le voir faire, il est vrai que Sébastien a plus des comportements de croisé de la techno
authentique que de tueur d'Arabes. Son énergie, il l'emploie en grande partie à cultiver l'esprit underground du début du mouvement. Pour la soirée Badland 2 qu'il organise ce soir-là, pas question de connaître l'endroit à l'avance. Sur l'infoline, le rendez-vous est fixé à 20h00 au parking de La Fiesta, une boîte abandonnée. Lugubre, mais bien dans le ton. Les gabbers s'y retrouvent comme avant une rave. Les moteurs vrombissent et les autoradios crachent à pleins poumons des rafales de bpm. Vingt minutes plus tard, c'est le départ pour l'inconnu en compagnie de Wayne, le photographe de Technikart, un Néo-Zélandais venu du milieu de la mode, flanqué de son assistant australien. Les voitures se suivent à la file sur des kilomètres comme pour mieux affirmer encore la force du groupe, sa destination et sa destinée communes. Après avoir fait les poireaux devant la boîte, nous voici soudain jetés dans un espace clos quadrillé par les gabbers. Alors que nous improvisions un studio photo au fond de la discothèque avec quelques cinq cents tondus autour de nous.
« What an hardcore staff ! »
« Quels personnels de hardcore ! »
Régulièrement, je me fais tirer sur les fringues. Celui que je trouve le plus atteint là-dedans
n'est pas le gabber de base mais le photographe de Technikart. Sorti des show-rooms, on le croirait venu ici en safari. Comme un Occidental devant une vitrine, il pointe tel ou tel gabber du doigt et dit : « Je veux celui-là. » Comme nous refusons d'aller parlementer avec un gros excité, il y va avec cette même décontraction qu'il doit afficher en parlant aux mannequins.
Manque de bol, le Néo-Zélandais se fait catapulter au milieu de la scène par le gabber énervé et je le tire in extremis de la centrifugeuse humaine. Fier de lui, le photographe se redresse et balance sur un ton satisfait : "What an hardcore staff !". Ils ressemblent surtout à des jeunes un peu perdus et finalement assez intuitifs qui ont fini par ressembler avec un réalisme époustouflant à l'image que la société leur renvoyait au quotidien. Agressifs parce que lemonde est agressif. Rasés parce que le monde est rasant. Portés sur l'exclusion parce que le monde est porté par l'exclusion. Des jeunes rêvant d'un peu d'oubli dans un monde
assourdissant et piquant comme des tessons de bouteilles."
Pourquoi en tant qu' homme de race blanche, étant habillé de lonsdale, etc... , jugez-vous nous raciste! Alors que vous, homme de race de couleur, habillé, pour vous normalement. Ne le seriez pas plus que nous.Le monde est fait de différence et pour évitez ce genre de conflit.Il faut de la tolerance, ce que peut de monde posséde.
extraits de l espace de djpit62
et celui de nopasaran